Sur la côte Ouest de Madagascar, alanguie le long du canal du Mozambique, Majunga étale son Grand Pavois, sa Petite Plage et sa « Corniche » où il fait bon flâner aux heures fraîches de la journée.

Réputée pour son climat chaud, la ville vit au rythme du soleil et aux heures les plus torrides semble déserte et inhabitée. Chacun restant à l’ombre des varangues ou des parasols de plage.

C’est au coucher du soleil que le « Bord » – la promenade du front de mer – s’agite, se peuple, se réveille et s’embaume des odeurs de poissons grillés, de brochettes et de soupe. Toute la ville semble se retrouver sur cette interminable allée qui vous conduit jusqu’au Port des Boutres qu’il faut absolument voir à marée haute et à marée basse tellement le spectacle est étonnant. Sacs de riz, bidons d’huiles, paniers de bananes ou de poissons séchés, pièces de moteurs, cartons de savons, ballots divers de toutes sortes de marchandises que les boutres traditionnels, entièrement en bois, vont transporter vers la côte Ouest de Madagascar ou les îles des Comores.

Vous ne pourrez éviter le gigantesque Baobab (14 m de circonférence) qui trône au début de la promenade et vous étonnez des bâtiments de ce secteur qui regroupe bâtisses coloniales et architecture des années 50/70 en béton armé et en particulier le dôme de la Banque Nationale (BankyFoiben’i Madagasikara) qui donne depuis 2005 un cachet néo-oriental.

En vous enfonçant vers l’intérieur de l’ancienne ville vous découvrirez tout un métissage de constructions et de bâtisses souvent très anciennes mais remarquablement entretenues qui donnent ce cachet si particulier à Majunga où un effort particulier est fait pour garder à la commune un air propre et bien entretenu. C’est le cœur historique, le quartier des mosquées et madrassas indo-pakistanaises, de différents rites, parfois très anciennes. Mahajanga Be, lieu de premier établissement des communautés venues de l’Inde au rythme des moussons, s’est un peu assoupie, avec ses rues sablées, ses maisons souvent fermées. La Pointe aux Sables porte un vieux sémaphore et l’École de navigation malgache (ENEM).

L’aéroport qui dessert la Capital et les Comores est excentré de la ville et sa piste est coupée par une route de brousse qui vous permettra de découvrir la « campagne » de Majanga. Après une bonne heure de roulage chaotique, vous pourrez enfin apprécier l’immensité de l’océan et l’accueil chaleureux – et intéressé – des marchands ambulants et autres bazardiers qui proposent un véritable « village vacances » avec tout le confort nécessaire pour une journée de détente et de farniente tout vous sera servi sur place, y compris la bière fraiche et les chapeaux en raphia tressé.

Avec quarante établissements hôteliers classés et 1 500 lits répertoriés, Mahajanga est une destination phare de la Côte Ouest. Favorisée par son climat sec et venté, c’est la station balnéaire de choix des Antananariviens, et une destination de détente prisée des Comoriens, Mahorais et Réunionnais. Deux parcs naturels à proximité (Baie de baly, Ankarafantsika) curiosités (cirque rouge, grotte d’Anjohibé, vestiges de dinosaures, et depuis 2013 réserve privée Reniala, aux portes de la ville) et surtout un littoral intouché au-delà de la plage du Grand Pavois sont ses atouts majeurs. C’est un tourisme « résidentiel », se heurtant toutefois à la difficulté d’inclure la ville, située en cul-de-sac, dans un circuit vers le Nord malgache (Nosy-Bé, Diégo Suarez) pour les touristes plus itinérants. Les quelques lodges et hôtels de nature situés sur la côte entre la Betsilokaet la Lova, parfois prestigieux, sont desservis depuis Mahajanga en 4×4, bateau et avion légers. Des navires de croisière font de plus en plus souvent escale dans la baie.

Un grand projet de réhabilitation du littoral urbain, avec aménagement d’une plage ludique Soma beach, création de jardins, réhabilitation du Village touristique, liaisons douces entre les pôles favoris des touristes, a été lancé officiellement par le Président de la République en septembre 2014. Le premier volet est achevé, avec un boulevard et une jetée promenade constituant un pôle supplémentaire d’attractivité touristique.

La ville est réputée hospitalière dans toute la Grande Ile; on s’y sent bien accueilli, que l’on vienne des Hauts-Plateaux, du grand Sud ou du Nord, voire de l’étranger. On n’y parle pas de variante régionale du Malgache, ni sa version la plus académique, mais une langue réputée pour sa simplicité et son expressivité.

En ce sens, Mahajanga est une sorte de microcosme de Madagascar, qui regroupe des populations d’origine variée, coexistant de façon harmonieuse, le substrat Sakalava originel ne représentant que 10 % de la population. Les karana (indo-pakistanais) jouent un rôle économique tout à fait prédominant, avec la population d’origine comorienne, et quelques familles d’origine franco-malgache, voire anglo-malgaches, témoignant de l’ancienneté de la présence européenne – environ 1800 Français, dont la moitié de bi-nationaux, étaient recensés au consulat de la ville.

Photos Pierre Marchal