Avec Maurice et Madagascar, le Journal des Archipels vient d’arriver à La Réunion. Ce nouveau média est développé par Jacques Rombi, journaliste de la presse économique régionale qui baroude dans l’Indianocéanie depuis de nombreuses années. Il nous explique pourquoi il fait le pari fou de lancer ce magazine à l’heure du tout numérique. Extraits

Parlez-nous un peu de vous.

Marseillais d’origine, je suis venu dans la région la première fois en 1985. À La Réunion précisément car il y avait la seule université outremer où je pouvais poursuivre mon cursus en anthropologie. Puis je suis rentré pour passer ma maîtrise à Aix en Provence. Mais la région que j’avais pu visiter en partie (Madagascar et Maurice) me hantait et j’ai fait le choix d’y retourner un peu à l’aventure en 1989.
Là j’ai rapidement travaillé dans la presse, le temps d’apprendre le boulot et m’apercevoir que le salariat n’était pas fait pour moi. J’ai alors développé une agence de production prépresse à La Réunion, puis me suis associé à des lancements de magazine avant de m’engager à leurs développements internationaux dans la région de l’Indianocéanie : l’Eco Austral, un mensuel économique régional que j’ai développé à Madagascar puis à Mayotte (en association), puis le Memento, autre titre économique que j’ai développé également en association à Madagascar, Mayotte, les Comores et Maurice. Puis retour à l’Eco Austral pour prendre la direction régionale du magazine à Maurice en 2017.
Concernant ma vie privée, je suis marié à Emmanuelle, fille de l’océan Indien, nous avons une fille Anaïs, née à La Réunion en 1995.

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer ce Journal des Archipels ?

Je pense avoir fait le tour de la presse économique classique. Ces dernières années j’ai fait le constat qu’on reprenait toujours les mêmes sujets avec les mêmes personnes. On fait souvent du rewriting en actualisant un peu les infos. Et puis je n’étais plus à ma place dans cette économie surannée qui a fait son temps. Le collectivisme puis le libéralisme ont montré leurs limites en ne respectant pas le contrat social auquel ils avaient souscrit. Aucun des deux modèles n’a su redistribuer équitablement les richesses du travail, et l’on sent bien que de nouveaux modèles économiques sont en train d’émerger. Une autre voie, ou tierce voie diraient les partisans d’une économie plus solidaire et libertaire. Le tout porté par une prise de conscience environnementale qui amène à de nouvelles règles et de nouveaux outils comme la production raisonnée, la gestion des déchets, de nouvelles sources d’énergie…
En bref, une nouvelle économie qui pourrait parfaitement se développer dans nos îles qui sont comme de grands laboratoires où tout ou presque reste à faire.
Nous sommes dans une région relative sous-peuplée avec d’immenses potentialités.
Au niveau des nouveaux métiers qui sont en train d’émerger, nous pouvons être des modèles en termes de gestion des ressources naturelles, productions d’énergies durables et non polluantes, transport maritime et aménagement du territoire mais aussi au niveau des mixités sociales et culturelles…
La Réunion et Maurice excellent en nouvelles technologies et start-ups, Madagascar est un vrai eldorado (avec tous les bons et mauvais côtés que le mythe qu’il incarne). Mayotte et les Comores, francophones et musulmanes, pourraient faire le lien entre l’Indianocéanie et l’Afrique de l’Est…
Autant d’atouts que des investisseurs avertis sauront identifier pour nous aider dans ce nouvel élan de la coopération régionale et trouver notre place dans le nouvel ordre mondial.
C’est dans cet esprit que le Journal des Archipels est positionné.
Le premier confinement entre mars et juin 2020 m’a laissé du temps pour réfléchir à mon parcours passé et surtout à celui qui reste à écrire. J’ai commencé à travailler sur le business plan de ce nouveau média et j’ai démissionné de l’Eco austral en novembre dernier pour m’y consacrer entièrement.

Pourquoi ce positionnement « économie circulaire et environnement » et surtout pourquoi ce pari fou de lancer un magazine papier aujourd’hui ?

C’est vrai que ça parait fou, surtout en pleine crise, mais je ne suis pas seul puisque je vois que Grenadine et Gadiamb sont aussi en plein développement.
En tous cas, l’économie circulaire, qui peut se traduire par la nouvelle manière de mieux exploiter nos ressources locales et, si possible mieux échanger entre nos îles, doit désormais guider nos économies insulaires encore dépendantes entre 80 et 90 % des approvisionnements extérieurs selon les îles. Cela ne peut plus durer.
Quant à l’aspect environnemental, non seulement il me tient à cœur depuis longtemps, notamment en ce qui concerne la protection des océans, mais il est surtout l’élément avec lequel il faudra compter désormais pour cette nouvelle donne économique en construction.

A propos de la presse papier, je ne crois pas qu’elle soit condamnée. D’abord parce que la presse économique en particulier cible un lectorat qui aime le papier. Rien de tel qu’un bon magazine qu’on tient en main le week-end pour décompresser du bureau et des écrans.
Ensuite parce qu’il y a une profusion d’infos (infox ?) sur le web. Il faut décrypter sans arrêt, aujourd’hui la presse web est victime de son succès et on sent ses limites. Quand nous prenons soin d’investir dans la presse papier, nous devons fournir de la bonne information contrôlée, et si possible de qualité.
Cependant, nous essayons avec ce magazine, d’avoir une vraie interaction avec le support numérique. Beaucoup de dossiers, trop longs à lire et à imprimer sont accessibles sur le site en scannant le QR Code « lire la suite ».
Je précise ici que le magazine est imprimé sur du papier certifié FSC qui participe au renouvellement des forêts.